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Anne Robert Jacques Turgot (1727-1781) fut nommé intendant de la généralité de Limoges, l’une des régions les plus pauvres de la France de Louis XV, en 1761. Il y mena d’importantes réformes (impôts, cadastre, routes, écoles…). En 1774, peu après l’avènement de Louis XVI, il devint contrôleur général des Finances, poste qu’il occupa jusqu’à sa disgrâce en mai 1776. Il montra comment circulait l’argent et d’où venait la richesse réelle de la société : du travail seul. Il avança l’idée reprise plus tard par Malthus, Ricardo et surtout Marx selon laquelle le salaire de l’ouvrier ne peut être supérieur à ce qui lui est nécessaire pour sa subsistance et sa reproduction. Comme Malthus, il s’opposait à la charité, qui entretient l’oisiveté et crée les désordres. Dans ses Réflexions sur la formation et la distribution des richesses (1766), il vante les mérite de la circulation de la monnaie et distingue deux classes : celle des entrepreneurs et celle des artisans et travailleurs.
Pierre de Boisguilbert (1646-1714) se préoccupa de la misère du peuple. Il affirma, dans son ouvrage Détail de la France sous le règne présent (1695) que Louis XIV ne régnait que par la violence, et qu’une révolution qui « remette les choses au premier état » était nécessaire. Dans sa Dissertation de la nature des richesses, de l’argent et des tributs, où l’on découvre la fausse idée qui règne dans le monde à l’égard de ces trois articles (1704), il montre la nécessité d’assurer les besoins vitaux de l’ensemble des hommes, et non le luxe de quelques-uns. Il critique radicalement l’introduction de la monnaie, qui ne crée aucune richesse et qui, surtout, agit comme un voile rendant plus difficile pour le commun des hommes l’analyse de l’ensemble du système. Il rompit ainsi avec les mercantilistes et les colbertistes, qui voyaient dans la possession de métaux précieux la preuve de la richesse et de la puissance d’une nation. Beaucoup de ses idées restent actuelles, et sa démarche va souvent au fond des choses. Marx a beaucoup puisé dans Boisguilbert, et il le fit publier en Allemagne.
« Autour du discours d'Alger de Guevara » Le 24 février 1956, Ernesto « Che » Guevara prend la parole devant la Conférence d’Alger. Il s’adresse à ce qu’il nomme lui-même « une assemblée de peuples en lutte », et, dans un discours resté historique, la critique qu’il fait des relations internes et internationales du « camp socialiste » et les nouveaux engagements qu’il détermine constitueront des pivots fondamentaux des développements révolutionnaires qui ébranlèrent la domination impérialiste à la fin des années soixante.
Le Dicours d'Alger sera bientôt disponible sur le site.
Malgré les divergences que nous avons avec Guevara sur la question de l’État notamment, nous republions ici ses textes politiques. En effet, Guevara fait preuve d’une extrême lucidité sur le socialisme, sur la nécessité d’un socialisme tourné vers l’homme, nécessité qui s’exprime à la fois dans son œuvre écrite et, surtout, dans sa vie même. Car Guevara est un combattant qui va jusqu’au bout de son combat, qui jamais ne dépose les armes, qui jamais ne cesse de montrer la voie et de payer de sa personne. Ce n’est pas ici tomber dans la déification du Che qu’a opérée, à rebours, le mercantilisme en Occident en nous inondant de posters du Che et autres objets de culte. Pire : les éditeurs français, dans les dernières années, n’ont republié que le « Journal de Bolivie » et « L’année où nous n’étions nulle part », qui sont à coup sûr les livres les plus « romantiques » du Che, du moins pour ceux qui veulent voir du romantisme dans sa vie. Nul romantisme dans le « Discours d’Alger », dans « Le socialisme et l’homme à Cuba », ou dans « Créer deux, trois… de nombreux Viêt-nam, voilà le mot d’ordre ! » Aussi, comme de bien entendu, ces textes restent introuvables. Or, au même titre que Turgot, Orwell ou les narodniki russes, ce qu’a écrit Guevara reste une source précieuse de réflexion, à condition,bien entendu, de ne pas vouloir calquer ses idées sur une réalité qui, quarante ans plus tard, n’a plus grand-chose à voir avec celle de l’époque du Che.
Désorganisations ! « Désorganisations ! » ne trace pas un programme : ce serait tomber dans un nouvel autoritarisme. Prendre la tangente de la spirale totalitaire dans laquelle le monde organisé se perd, c'est lutter afin d'échapper au désastre.